Engagée pour le bien-vivre ensemble : Marguerite Dorvilien

Directrice d’établissements scolaires, Marguerite Dorvilien place l’humain au cœur de son engagement professionnel et personnel. Si la Ville a récemment souhaité lui remettre la médaille municipale, cette distinction vient avant tout saluer un parcours profondément marqué par la solidarité

Le courage, pour Marguerite Dorvilien, n’est pas un mot abstrait. C’est une attitude, presque un réflexe :celui de ne pas détourner le regard, d’agir quand d’autres hésitent. C’est pour cette raison que la municipalité a tenu à lui remettre la médaille de la ville, après un acte de bravoure survenu dans un train, où elle est intervenue pour porter secours à une jeune femme victime d’une agression.

Une éducatrice engagée

Mariée et mère de quatre enfants, Marguerite Dorvilien est la directrice du collège-lycée privé l’École Heureuse à Ablon sur-Seine depuis juin 2022. Avant de s’engager pleinement dans le champ de l’éducation, son parcours professionnel débute dans la comptabilité. Elle fait ensuite le choix de devenir assistante maternelle afin d’élever ses enfants, une expérience déterminante qui forge sa vision de l’éducation et du vivre ensemble. Pasteure, elle inscrit également son action dans une dimension spirituelle tournée vers l’accompagnement et l’écoute de l’autre.

Son établissement accueille aujourd’hui des enfants aux profils très variés : élèves atypiques (TDAH, autisme, trisomie), jeunes à haut potentiel, sportifs de haut niveau, mais aussi enfants sans difficulté particulière. Une diversité qu’elle revendique pleinement.

« Apprendre à vivre ensemble dès le plus jeune âge, c’est essentiel. C’est même ce que l’on est en train de perdre aujourd’hui », confie-t-elle. Elle dirige également une école élémentaire privée dans le Val-d’Oise (95), poursuivant ainsi un engagement constant en faveur d’une éducation inclusive et attentive à chacun.

Un engagement au-delà de l’école

Arrivée en France dès l’enfance après avoir quitté Haïti, Marguerite Dorvilien grandit d’abord en Normandie avant de s’installer en région parisienne. Très tôt confrontée à l’apprentissage d’une nouvelle langue et à une culture différente, elle développe un fort besoin de liberté et d’autonomie, qui marquera durablement son parcours.

Cette trajectoire personnelle nourrit son engagement solidaire. En allant à la rencontre des personnes sans domicile, elle découvre une réalité souvent méconnue et s’investit progressivement dans des actions concrètes, de l’organisation de maraudes à la création de lieux d’hébergement plus durables. Présidente de centres d’hébergement, elle accompagne des personnes en grande difficulté — personnes à la rue, en sortie de prison ou en situation de rupture — avec une conviction inébranlable : aucun être humain ne devrait être laissé de côté. « On ne peut pas avoir tous le même niveau de vie, mais il y a aujourd’hui trop d’écarts. J’essaie, à mon échelle, de les réduire », confie-t-elle.

C’est cette même capacité à agir, sans céder à la panique, qui l’a guidée le jour de l’agression. Alertée par des cris dans un wagon presque vide, Marguerite Dorvilien s’interpose, met la victime en sécurité et parvient à faire descendre l’agresseur du train, sans violence mais avec fermeté. Une intervention décisive qui a permis l’identification de l’auteur, déjà impliqué dans d’autres faits.

« À travers l’éducation et la solidarité, on peut faire la différence. »

et acte de courage a également été salué au niveau régional. Le 19 novembre, Marguerite Dorvilien a été décorée par la présidente de la Région Île-de-France, Valérie Pécresse, lors d’une séance plénière du Conseil régional, parmi plusieurs Franciliens distingués pour des actes de bravoure. Décrite comme une « citoyenne engagée », elle a été reconnue pour son sang-froid, son refus de l’indifférence et sa capacité à protéger la victime jusqu’à l’arrivée des forces de l’ordre.

Refuser l’héroïsation, appeler à la solidarité

Pourtant, elle refuse l’étiquette d’héroïne. « Ce qui est triste, c’est d’être récompensée pour quelque chose qui devrait être normal. » Ce qui l’a profondément marquée, ce sont surtout les échanges qui ont suivi, notamment avec d’autres victimes qui n’ont pas eu la chance d’être secourues. Sans chercher à être mise en avant, elle rappelle l’importance de la solidarité et de la vigilance collective face aux situations de détresse, regrettant que l’entraide ne soit pas toujours un réflexe.

Professionnellement investie à Ablon-sur-Seine depuis quatre ans, Marguerite Dorvilien souligne enfin l’accueil et le soutien qu’elle a trouvés au sein de la commune, des éléments essentiels à la concrétisation de ses projets éducatifs.

Elle incarne, à travers son parcours, une idée simple mais forte : celle d’une société plus attentive aux autres, où l’éducation, l’empathie et le courage ordinaire peuvent encore faire la différence.